Grèce : Communiqué du Secrétariat du META* Les tâches du mouvement syndical après le 3éme mémorandum.

  1. Évaluation de la situation nouvelle après le vote du 3e mémorandum et les élections [du 20 septembre]

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  1. Après le vote du 3e mémorandum, en août 2015, et l’adoption des lois pré requises entre temps, les conditions de la lutte contre l’austérité et pour la libération du pays des chaînes  de la soumission et de la tutelle ont radicalement changé.

Le sentiment d’espoir qui animait le peuple, le 25 janvier, espoir que les memoranda peuvent être annulés, les politiques de ces memoranda renversées, ce sentiment s’est mué, au soir du 20 septembre, en une sorte de fatalisme teinté de mélancolie. On a vu resurgir les dilemmes du passé, le sentiment que l’adversaire est tout-puissant, que rien ne peut véritablement changer dominait encore ; cela jouera de façon négative, durant la période à venir, sur le développement des luttes et des mobilisations ouvrières.

Le META, dès le 14 juillet 2015, appelait « tous les ouvriers, les syndicats et le peuple grec à ne pas donner leur accord au nouveau pillage des droits, et à lutter pour le renversement de l’austérité et des politiques néolibérales anti-ouvrières… » et à « poursuivre leur lutte jusqu’à la pleine réalisation de leurs espoirs et de leurs visions.

  1. Après les élections du 20 septembre, le nouveau mémorandum et les exigences des créanciers rendent plus difficiles encore la lutte contre les nouvelles mesures barbares, les privatisations et le bradage des biens publics et de la richesse de notre pays aux créanciers, mesures qui mèneront à l’aggravation de la paupérisation de l’écrasante majorité de la société, mais aussi à la marginalisation du pays sur la scène internationale.
  1. Le nouveau train de mesures qui découlant des engagements mémorandaires et les pré requis des évaluations périodiques  visant à s’assurer de l’application fidèle des engagements contraints doivent rencontrer la résistance des branches et des groupes sociaux les plus touchés.

Á travers le projet de loi relatif aux pré requis est lancée une nouvelle attaque fiscale contre les revenus de la large majorité populaire, avec le maintien et même l’extension de l’ENFIA (impôt foncier unifié), y compris pour les revenus nuls, la suppression des facilités de paiement instituées lors du dernier semestre pour les assurés sociaux, le relèvement de l’âge minimal de départ à la retraite, l’augmentation des cotisations salariales, la baisse des retraites, et, si les dernières informations sont avérées, on discute même de la sortie  de certaines branches d’activité de la catégorie des Professions Pénibles et Insalubres et du relèvement, pour ces mêmes professions, de l’âge de départ à la retraite comme des termes de celui-ci.

Des régulations sont également promues pour faciliter les privatisations dans le secteur des Chemins de Fer (TRAINOSE) et des transports publics athéniens (OASA).

  1. Conséquences des nouvelles mesures pour les travailleurs
  1. Fiscalité: l’augmentation du taux de TVA sur les produits de première nécessité, de consommation populaire, le maintien de l’impôt foncier unifié (ENFIA) et l’imposition des agriculteurs, des indépendants et des PME constituent en fait une aggravation de l’austérité, alors même qu’une charge supplémentaire sera placée sur une part importante des revenus des travailleurs et des classes populaires, intensifiant les phénomènes de récession dans l’économie, et menant à la misère et à la marginalisation de larges pans de la société.
  1. Chômage : tous ces éléments, combinés à l’absence d’un programme courageux d’investissements publics de production et d’injection de liquidités dans l’économie, vont aggraver les phénomènes de récession, menant à la fermeture encore davantage de PME, et à l’augmentation du chômage. Les créations d’emplois annoncées correspondent en fait à des postes de travail précaires, principalement des CDD de 5 mois et des « vouchers » qui ne font que recycler le chômage et ne contribuent pas véritablement à la reconstruction productive.
  1. Couverture sociale – retraites : les travailleurs et les retraités n’ont pas encore réalisé l’ampleur des bouleversements intervenus cet été dans le champ de l’assurance maladie. Baisse dramatique du niveau des retraites, augmentation des cotisations, relèvement de l’âge minimal de départ à la retraite, application de la clause de déficit nul, gel du financement public des caisses d’assurance maladie, annulation des lois adoptées durant les 7 premiers mois de 2015 (loi Stratoulis), introduction d’un lien entre cotisation et prestations, suppression progressive de l’EKAS (Revenu de Solidarité Sociale des Retraités), suppression de toutes les taxes en faveur de tiers lies au financement des caisses d’assurance maladie à compter du 31 octobre. Ces mesures, combinées aux coupes claires dans les dépenses pour la santé et la prévoyance, conduisent non seulement les retraités au désespoir, mais placent aussi l’ensemble des assurés sociaux dans une situation très difficile.

Cette politique des retraites et d’assurance maladie ne pourra faire face aux problèmes essentiels du système, puisque sa philosophie se base sur la même recette néolibérale, à savoir les coupes claires dans les prestations et la remise en cause de son caractère public, social et redistributif, au lieu de prendre en compte la nécessité de trouver de nouvelles ressources et de lutter contre le chômage, le travail au noir et non déclaré et la fraude aux cotisations. La seule certitude, c’est que cette politique mènera à l’introduction de l’assurance privée , à l’heure où des milliers de retraités s’apprêtent à voir leurs pensions dramatiquement amputées, alors que les travailleurs devront travailler jusqu’à 67 ans, voire davantage, et où la majorité des indépendants se verra toujours privée de couverture, puisqu’ils se verront dans l’incapacité de verser leurs cotisations.

  1. Privatisations : ce sujet constitue un facteur crucial pour l’avenir de notre pays, et ce n’est pas un hasard s’il jouit du consensus politique le plus large parmi les forces qui ont conclu le 3e mémorandum.

En une nuit, cet été, il a été décidé la vente de 14 aéroports du pays, la cession des ports du Pirée et de Salonique est en tête de liste des privatisations, avec l’ODIE, l’Helléniko, l’Astéras de Vouliagméni, la DEI, etc

Ce qui a été convenu par le gouvernement, dans le texte de l’accord, mais aussi dans le 3e mémorandum, avec la volonté marquée de faire avancer à grand pas la procédure de privatisations, conduit à la liquidation des biens publics et communs du peuple et du pays.

Ces privatisations, même sous la forme de contrats de location de longue durée et de ΣΔΠ, auront par ailleurs pour résultat l’augmentation des prix de biens publics de base tels que l’énergie, l’eau et les transports, et l’exclusion d’une partie importante de la société de l’accès à ces biens.

  1. Travail

 

Les mesures votées et les exigences des créanciers qui sont désormais en négociation, doivent faire l’objet de luttes et de revendications immédiates des syndicats, soit pour empêcher leur application, soit pour obtenir leur annulation de fait, soit pour les reverser grâce aux luttes à la résistance des travailleurs.

Les principaux points, déjà adoptés ou encore en négociation, sont les suivants :

  • réexamen sévère et réforme des négociations collectives, sur la base des meilleures pratiques néolibérales de l’Union Européenne, ce qui signifie qu’on ne réintroduit pas le système des conventions collectives, de l’arbitrage, etc. qui étaient en vigueur en Grèce depuis 1990 ;
  • par ailleurs, abandon de la réintroduction du salaire minimum aux niveaux pré-mémorandaires, c’est-à-dire 751 euros, puisqu’on ne parle plus désormais que d’ « augmentation progressive du salaire minimum »…
  • adoption de réformes sur le marché du travail avec un planning pour l’application des boîtes à outils 1 et 2 de l’OCDE, ce qui signifie, en pratique, l’ouverture des magasins le dimanche, la dérégulation des professions protégées, l’autorisation des licenciements collectifs, la fermeture de PMI et l’augmentation du chômage ;
  • la modification de la réglementation syndicale actuelle, avec pour principal objectif la limitation du droit de grève, etc. ;
  • changements dans le secteur public, avec « pour objectif la dépolitisation » (p. 1032 du J.O. de la République Hellénique, 94/14-8-2015) et une nouvelle grille des salaires et de l’évolution des grades, évaluation des structures et des travailleurs, mobilité obligatoire, etc…
  1. Emprunts « rouges », banque et habitat populaire : Une fois encore, les banques sont renflouées avec des fonds publics, elles passent aux mains du privé et l’État grec n’aura plus aucune possibilité d’intervention. Ceci, en combinaison avec la modification du Code de Procédure Civile, ouvre la voie et accélère même les procédures de saisie de la résidence principale, des comptes d’épargne, des salaires et des retraites.
  1. L’action des syndicats dans les temps à venir – hiérarchisation des revendications

Après le vote de confiance à ses déclarations programmatiques, le gouvernement  procède, selon des modalités fast track, à la mise en œuvre des engagements mémorandaires et à l’imposition des mesures anti-populaires et anti-ouvrières. Il est compréhensible que ces mesures soient confrontées à la réaction de tout le monde du travail, des retraités, des agriculteurs, des indépendants et de la jeunesse.

Naturellement, nous rencontrerons des difficultés en raison du climat défaitiste et attentiste qui domine parmi la majorité des travailleurs, c’est pourquoi les syndicats, dans la programmation de leurs actions, doivent prendre ces difficultés en compte.

Les directions des organisations syndicales de PASKE et de DAKE [Syndicats proche du pasok et de la droite (ND) ], principalement au niveau de la GSEE, veulent une confirmation de la tactique qu’elles ont adoptée ces dernières années, une tactique en somme de justification des mesures mémorandaires, et veulent utiliser les reculades du gouvernement actuel et la signature du 3e mémorandum pour justifier leur choix !

Ces directions sont passées sur le front des nos adversaires de classes – on l’a bien vu plus clairement avec leur prise de position en faveur du OUI lors du référendum, aux côtés du SEB et de l’élite économique et politique locale et européenne et qui, c’est clair aujourd’hui, se réservent une relation privilégiée avec les choix du gouvernement, puisque ce sont elles qui détiennent le know-how du syndicalisme gouvernemental et de la cogestion.

Le PAME [Syndicat proche au PC grec ] poursuit la même tactique de division, contre l’union, alimentant ainsi l’inefficacité des luttes et le fatalisme. Il ne fonctionne pas selon les termes et les besoins de la masse, pour l’élargissement du front de luttes et de revendications, mais selon les besoins et les priorités définis par le parti, renvoyant la résolution des problèmes spécifiques et le renversement des politiques de memoranda aux lendemains socialistes, qui s’éloignent de plus en plus du fait de la politique qu’il suit.

Avec les forces des rassemblements, nous devons examiner les possibilités d’action commune au sein des syndicats ou d’initiatives de coordination des organes syndicaux de base et des fédérations tout en combattant les points de vue, bien représentés dans leurs rangs et s’apparentant souvent à ceux du PAME, en particulier pour le choix des formes de lutte qui bien souvent ne prennent pas en compte les vrais besoins et les capacités du mouvement.

Il nous faudra, dans la période à venir, non seulement faire une évaluation des différences de points de vue –en raison de l’intensification des problèmes-, mais aussi étudier la possibilité d’émergence de mobilisations centrales, promouvoir la coordination à partir de la base, à travers des comités de coordination, au niveau des organisations de base et des fédérations, en tirant profit de l’expérience positive du passé et en se gardant de reproduire ou de transposer le fonctionnement bureaucratique et partisan qui sévit à la tête du mouvement syndical comme à sa base.

La coordination à partir de la base doit se faire selon des termes de mouvement, de participation collective et démocratique des membres des organisations de base, une culture de la participation active et de l’action des travailleurs eux-mêmes, ce qui nous différenciera de la pratique prévalente de délégation et de subordination au parti.

Il nous faut aussi veiller à éviter que des luttes spécifiques de branches ne mènent à une impasse et à la déception : notre expérience récente montre que la mobilisation d’une branche ou d’une classe sociale pour le renversement des memoranda ne suffit pas, mais qu’il est nécessaire d’avoir des luttes pan ouvrières et pan populaires.

Cela ne signifie pas que nous ne devons pas être à la pointe de luttes spécifiques, les renforcer et les soutenir. Au contraire, nous devons prendre toutes les mesures pour l’information et la coordination des travailleurs, la mise en lumière des conséquences des politiques des memoranda, y compris sur d’autres couches sociales, avec pour objectif constant l’élargissement du front des revendications.

Par conséquent, il faut que les formes de lutte choisies en chaque circonstance correspondent à la réalité et aux dispositions des travailleurs ; pour cette raison, nous devons travailler à intensifier l’information et le contact avec les travailleurs et à mettre en évidence  l’acuité des problèmes et la nécessité de sortir de l’étau des politiques de memoranda.

Dans la période à venir, les questions centrales autour desquelles devront s’organiser les mobilisations sont les suivantes :

  • la couverture sociale et les retraites
  • la sur fiscalisation des couches faibles de la société
  • la lutte contre le chômage
  • les privatisations
  • le droit du travail et
  • les questions relatives à la protection du logement populaire.

Dans ce cadre, nous devons prendre des initiatives pour informer et mobiliser les travailleurs et les retraités. Notre syndicat doit organiser des discussions et des débats sur les bouleversements causés dans le système de couverture sociale afin qu’émergent des mobilisations sur ce thème.

En ce qui concerne la privatisation des ports du Pirée et de Salonique, des 14 aéroports de province, des chemins de fer, des transports publics d’Athènes comme de la DEI, inscrite parmi les priorités immédiates, il nous faudra œuvrer pour le développement de la coordination des actions au niveau syndical, en élargissant le front à d’autres acteurs : Centrales Ouvrières et Sections Régionales de l’ADEDY (syndicat du secteur public) des zones où il existe des ports, de celles par où passent les trains, etc.

Parallèlement, la question des privatisations a d’autres dimensions qui touchent à la cession au privé de compétences ou de services entiers de la fonction publique, renforcée par le fait qu’il n’y a pas d’embauche de personnels titulaires, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’enseignement, de la Prévoyance, des collectivités locales, etc . qui sont délibérément dénigrées par le pouvoir central pour faciliter l’introduction d’acteurs privés.

La défense des biens fondamentaux que sont la santé, l’enseignement et la couverture sociale doit revêtir un caractère beaucoup plus large, car la question ne concerne pas seulement les travailleurs de ces secteurs, mais avant tout les usagers de ces services et la société grecque tout entière.

Pour la défense des relations de travail, il faut mettre en avant partout la couverture des besoins permanents par des personnels titulaires et des relations de travail stables, avec la suppression des sous-traitances et de la location de travailleurs, la défense de la semaine de 5 jours, la défense du repos dominical et la diminution des heures de travail, sans diminution des salaires, pour créer davantage d’emplois.

Après 5 ans de diminution des salaires dans les secteurs public et privé, il faut, cette année, poser la revendication de l’augmentation des rémunérations et de la réintroduction immédiate du salaire minimum à 751 euros, de la réintroduction de l’institution des négociations collectives, de l’arbitrage et de la signature de convention collectives et de leur extensibilité obligatoire, du dégel de la grille des salaires dans le secteur public, etc.

Enfin, les forces du META, dans le privé comme dans le public, doivent accorder leur attention à l’ensemble de la classe ouvrière, particulièrement aux chômeurs et aux travailleurs précaires et saisonniers, qui se trouvent hors du mouvement syndical organisé, grâce à la formation de comités pour la défense de leurs droits et à leur intégration au sein d’organes ou à la création de nouveaux organes, là où il n’en existe pas déjà.

Notre action auprès des travailleurs « hors les murs » est absolument indispensable, puisque 1,5 millions de chômeurs et des milliers de travailleurs du secteur public avec des relations de travail précaires ne sont actuellement pas représentés par les syndicats.

Il faut faire de même auprès des retraités, en tirant profit de l’extension de la Loi 1264/1982 à leurs organes représentatifs, avec pour objectif la création d’organisations syndicales uniques indépendamment de la caisse d’assurance de chacun, puisque la crise a mené tous les assurés quasiment au même point, quelles que soient leurs caisses respectives.

Les forces du META doivent poursuivre leur action d’avant-garde, à l’intérieur des syndicats, pour la défense des intérêts des travailleurs, pour la lutte contre le syndicalisme patronal, gouvernemental et partisan, et pour le renforcement du caractère de classe de l’action syndicale.

Cela signifie qu’il nous faut confirmer chaque jour ce que nous avons conquis au cours des années précédentes, à savoir notre autonomie politique et organisationnelle, la priorité aux besoins de classe de la classe ouvrière et de tout le monde du travail, notre fonctionnement basé sur la défense des conquêtes, la lutte pour le renversement des politiques de memoranda qui écrasent nos vies, et notre fermeté face aux partis et aux gouvernements, sur la base non pas de ce qu’ils disent ou prônent, mais de leurs actes, et si cela sert les intérêts de notre classe.

Nous devons donc, dans les temps à venir, organiser la résistance des travailleurs et bâtir de larges alliances sociales pour le renversement des politiques néolibérales dans notre pays comme en Europe, pour l’annulation des memoranda et l’établissement de liens entre la lutte syndicale avec le combat pour l’annulation de la dette, pour la propriété publique et le contrôle social des banques, pour l’imposition sur la richesse et la reconstruction productive du pays, au profit du peuple et de la terre.

Traduction du grec : Marie -Laure Veilhan

*(META, Front de Classe des Ouvriers et salariés pour le Renversement, est une organisation syndicale nationale et interprofessionnelle

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Une réflexion sur “Grèce : Communiqué du Secrétariat du META* Les tâches du mouvement syndical après le 3éme mémorandum.

  1. Merci pour cet article (très bien traduit) qui montre que toute résistance n’a pas été abattue.
    Avec tout mon empathie pour le peuple grec … à défaut de pouvoir agir concrètement.

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