DECEMBRE 1944 : LES « DEKEMVRIANA » OU L’ECRASEMENT DE LA RÉSISTANCE GRECQUE .

Photos Dmitri Kessel

« Vers une liberté qui paraissait si large avant d’advenir… »
« En ce temps-là, comme en tout temps difficile,
Nombreux sont ceux qui se sont dépassés
Des hommes que rien ne distinguait prenaient le maquis le fusil à la main
A partir de rien Iannis, Tassos, Manolis, Léno, Despo, toute cette armée silencieuse
Ces nôtres si beaux, poussaient les temps vers la liberté et la paix
Vers une liberté qui paraissait si large avant d’advenir
Vers une paix pour laquelle nous combattons encore »
(Iakovos Kambanélis, Notre grand cirque)

 

3 décembre 1944
Le grand rassemblement populaire place Syntagma, auquel a appelé l’EAM [le grand Front national de Libération créé en 1941] est noyé dans le sang. A l’heure où la foule rassemblée crie : « Pas d’autre occupation ! », « Papandréou, démissionne ! », subitement, et sans raison visible, des coups de feu partent des fenêtres de la Direction de la Police et d’autres points où s’étaient retranchés des policiers.
Bilan de cette agression meurtrière : 21 morts et 140 blessés.


4 décembre 1944
Toute la Grèce est paralysée par la gréve générale lancée par l’EAM.
A Athènes l’enterrement des 21 victimes de la veille prend la forme d’une grande manifestation populaire. En tête du cortège des jeunes filles de l’EAM vêtues de noir tiennent une grande banderole qui a marqué l’histoire grecque :
« Quand un peuple se trouve devant le danger de la tyrannie, il choisit entre les chaînes ou les armes »
De retour du cimetière, la foule est agressée par les Chitès en armes [membres de l’organisation fasciste X]. Bilan : 100 morts et blessés.
Le général britannique Scobie [dont les troupes occupent la Grèce depuis le retrait des Allemands] proclame la loi martiale. La seule voie est désormais celle des armes.

Les politiciens bourgeois, falsifiant l’histoire, ont tenté de nous persuader que c’est l’EAM qui a voulu l’affrontement et que ses membres étaient armés. Ils ont parlé de démonstration de force et de tentative communiste de prise du pouvoir par la force. Rétablissons donc la vérité en nous appuyant sur leurs propres déclarations et écrits. Cela suffit en effet à démontrer :
1/ Que l’EAM n’avait aucun besoin de faire une démonstration de force puisqu’il avait incontestablement le peuple de son côté, et bien sûr la force militaire de la glorieuse ELAS [l’Armée populaire de libération]
2/ Que ces événements ont été programmés par les Anglais et par leur protégé Yorgos Papandréou [le grand-père de l’ex-Premier ministre démissionnaire en 2011]

1943 Bureau des Services militaires des Etats-Unis (OSS)
« Le mouvement créé par l’EAM ne peut être vu comme autre chose que comme une révolution aboutie. Le mouvement de l’EAM est absolument dominant. »
Le colonel anglais Christopher Woodhouse
« Si les Anglais n’avaient pas été présents en Grèce dès 1942, l’EAM aurait eu le contrôle total du pays lors du retrait des Allemands. »
Churchill. Télégrammes à son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden
29 août 1944. « Il est extrêmement important que nous frappions à l’improviste sans le préalable d’une crise ouverte. C’est le meilleur moyen pour prendre l’EAM de court. »
7 novembre 1944. « Nous ne devons pas hésiter à utiliser des forces armées britanniques pour soutenir le gouvernement de Papandréou. Je m’attends à un affrontement avec l’EAM et nous ne devons pas essayer de nous y soustraire – à condition d’avoir choisi nous-mêmes le terrain ».
Léonidas Spaïs, alors vice-ministre des Affaires militaires. Article publié dans Politika Thémata, le 4 décembre 1976


« On a décidé d’utiliser les Bataillons de Sécurité [les milices collaboratrices des Allemands pendant l’occupation]. L’idée est venue des Anglais et la décision est de moi. Je ne veux pas la justifier, sans cela on n’aurait jamais réussi, notre force militaire était insuffisante. Il y avait au total 27 000 miliciens. Nous en avons utilisé 12 000, ceux qui étaient le moins compromis, en écartant les cadres importants. Nous les avons retirés des camps où ils étaient détenus et nous leur avons fourni uniforme et armes… Ce n’est pas vrai que les Bataillons de Sécurité n’aient pas été utilisés lors des Dékemvriana. On a utilisé environ la moitié de ceux qui avaient été arrêtés à la Libération, c’est la vérité que je vous révèle maintenant. »

Churchill. La Seconde guerre mondiale.
« Je pense que les collaborateurs des Allemands ont fait ce qu’ils pouvaient pour protéger le peuple grec…L’ennemi principal, ce sont les communistes… Il n’est pas question d’intensifier la sévérité envers les collaborateurs pour se faire applaudir des communistes. L’approbation de ceux-ci nous est inutile. »

Et pour ne pas oublier l’évidence de ce qu’on veut justement nous faire oublier, voici le serment des Bataillons de Sécurité – devenus collaborateurs de Scobie et de Papandréou et à ce titre reconvertis en patriotes en une seule nuit !
Serment des Bataillons de Sécurité
« Je jure à Dieu que j’obéirai totalement aux ordres du Commandant suprême de l’Armée allemande, Adolf Hitler. Je me mets au service de mes supérieurs et j’obéirai sans discussion à leurs ordres. Je sais qu’en cas de contestation des obligations que j’accepte par ce serment je serai puni par les autorités de l’Armée allemande. »
Churchill, Seconde guerre mondiale.


« L’objectif principal est l’anéantissement de l’EAM. La fin des combats dépend de cet objectif… Pas de paix sans victoire ! »
Pavlos Dellaporta, Procureur honoraire pour les jugements d’appel : Vademecum d’un Ponce Pilate
« Pour que la loi vise ce délit (la trahison des collaborateurs), il faut que le coupable ait livré des Grecs à l’ennemi. Mais comme en devenant membres de l’EAM les plaignants ont cessé d’être des Grecs, les collaborateurs n’ont pas livré de Grecs à l’ennemi. On doit donc accepter leur pourvoi en appel et les décharger de cette accusation. »
Papandréou. Article dans le journal Kathimerini du 2/12/1948
« La conclusion est que Décembre peut être considéré comme un « don du ciel ». Mais pour qu’il y ait décembre, il fallait d’abord que nous soyons venus en Grèce. Et cela ne fut possible qu’avec la participation du KKE au gouvernement, c’est-à-dire avec l’accord du Liban. Et pour que les Britanniques, indispensables à la victoire, soient présents ici, il fallait d’abord qu’ait été signé l’accord de Caserta. Et pour arriver à régler la situation, il fallait d’abord que j’insiste sur la démobilisation immédiate de l’ELAS et que je mette le KKE devant le dilemme d’accepter pacifiquement sa démobilisation ou de se lancer dans une révolte dans des conditions qui ne pouvaient conduire qu’à son écrasement.
Voici la vérité historique ! »
Lettre du colonel des Bataillons de Sécurité Papadangonas à Hitler
« Les 5 000 officiers et hommes des bataillons grecs de volontaires du Péloponnèse, appuyés par la plus grande partie de la population de cette région, expriment leur profonde indignation envers les individus qui ont programmé et tenté un attentat contre vous. Ces individus ne voulaient pas reconnaître la nécessité du combat contre le communisme.
Ils expriment leur joie de vous savoir sauvé miraculeusement de cette tentative et s’agenouillent avec reconnaissance devant Dieu tout-puissant, qui a armé une main protectrice au-dessus de votre vie et a ainsi sauvé la nation allemande et l’Europe entière unie contre la peste communiste… Dieu, protège notre Führer ! »
Ordre de Churchill à Scobie, 5/12/1944 (Andrikopoulos, 1944, année critique, éd. Dioyénis, tome 2, p.257)


« Vous êtes responsables du maintien de l’ordre à Athènes et devez neutraliser toutes les bandes EAM-ELAS qui approcheront de la ville… N’hésitez pas à agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise où se serait déclenchée une révolte locale. »
Télégramme de Papandréou à Churchill 22/9/1944 (Papandréou, La Libération de la Grèce, p.147)
« Face au développement critique de la situation, les moyens politiques ne sont plus suffisants. Seule la présence immédiate de forces britanniques imposantes en Grèce et jusqu’au littoral de la Turquie peut changer la situation. »
Churchill, Seconde guerre mondiale.
« La bataille, qui a duré six semaines, a eu lieu pour que nous prenions Athènes et, comme la suite l’a montré, pour que nous libérions la Grèce du joug communiste.
A un moment où trois millions d’hommes combattaient dans chaque camp sur le front occidental et où d’immenses forces américaines affrontaient le Japon dans le Pacifique, ces péripéties grecques pouvaient sembler de peu d’importance mais elles n’en constituaient pas moins un point névralgique pour la puissance, l’ordre et la liberté du monde occidental. »

Note de la traductrice : la meilleure preuve des intentions de Churchill est le fait qu’il a décidé cette intervention en Grèce plus d’un an avant sa réalisation. Le 29 septembre 1943, ayant pris conscience de la force que représente dorénavant l’EAM-ELAS en Grèce, il écrit à ses chefs d’Etat-major : « Si les Allemands évacuent la Grèce, il faut être en mesure d’envoyer à Athènes 5 000 soldats britanniques avec des automitrailleuses […] Ils auront pour mission de soutenir sur place le gouvernement légal restauré. Les Grecs ne sauront pas si d’autres troupes ne vont pas les suivre. Il peut y avoir des chamailleries entre les groupes de guérilleros, mais on témoignera beaucoup de respect aux Britanniques, d’autant plus que seuls les efforts faits par nous au cours des quelques mois qui suivront la libération peuvent sauver le pays de la famine. Il suffira d’organiser les troupes pour faire face à des émeutes dans la capitale, ou pour défendre celles-ci contre des incursions venant de l’intérieur du pays. » (Churchill, Mémoires sur la seconde guerre mondiale, tome VI, vol 2, p.219,Paris, Plon 1952-1953). C’est le « plan Manna » qu’il réalise en décembre 1944, après avoir pendant un an utilisé toutes sortes de moyens pour nuire à l’EAM-ELAS ou encore le piéger dans diverses manoeuvres politiques.
Cette preuve, pourtant présente dans ses « Mémoires », ne l’empêche pas de prétendre, comme beaucoup d’autres après lui, qu’il s’agissait en décembre 1944 de répliquer à un coup de force communiste !

Par Ilias Sidiropoulos

Traductions :Joelle Fontaine

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