Les conséquences d’une guerre non déclarée dans les Balkans et la Méditerranée Orientale

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Lundi 15 mars 2016

Par Christos Kasimis*

Le bassin oriental de la Méditerranée, et avec lui la péninsule Balkanique, semblent être entrés dans un contexte de guerre, une guerre d’un nouveau genre, non déclarée. Et notre pays se trouve dans « l’œil du cyclone ».

Le régime Erdogan, après la manœuvre provocatrice que constitue le refus de l’asile parlementaire pour cinq députés du parti de gauche pro-kurde HDP, parmi lesquels les coprésidents du parti Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, continue à exploiter les tensions dans l’ensemble de la région avec la connivence inacceptable de l’Union Européenne.

De plus, exploitant l’attaque-suicide ( ? ) d’Ankara, il bombarde des cibles kurdes dans le nord de l’Irak. Par ailleurs, les autorités turques ont décrété lundi 14 mars l’interdiction de circuler pendant 24 heures dans la ville du sud-est Şırnak pour que l’armée puisse réaliser des opérations contre les combattants kurdes dans le secteur, comme l’a annoncé le bureau du gouverneur de la région.

Au même moment, des garde-côtes allemands en uniforme sont dans les îles de la Mer Egée, le gouvernement de l’ami du gouvernement grec, M Renzi, envoie des carabiniers à la frontière gréco-albanaise, pendant qu’à la frontière Grèce-FYROM se trouvent des observateurs allemands et autrichiens ainsi que des soldats de certains pays du groupe de Visegrad.

Naturellement, les gouvernements d’Albanie et de la FYROM ne dressent pas de barrages et de talus pour dissuader les réfugiés de rester dans leurs pays. Il est clair que l’intention des réfugiés n’est pas de rester dans des pays où ils vivent les conséquences d’une autre forme d’impérialisme, de l’impérialisme économique. Les états consentants des Balkans exécutent, selon une tactique bien établie, les besognes de l’Union Européenne, dans le but d’endosser le rôle du « bon élève ».

Entretemps, le vendredi 11 mars, la secrétaire d’état américaine aux affaires étrangères Victoria Nuland, a qualifié sans rougir de « désespérante » la situation qui règne à Idomeni, alors qu’elle visitait la région. Comme si le gouvernement américain ne portait pas sa part de responsabilité dans le drame des réfugiés.

L’OTAN continue à être présent dans la Mer Egée après le bon accueil que lui a réservé le gouvernement SYRIZA-ANEL pour la prétendue régulation des « flux migratoires ».

Maintenant que le passage par le sud des Balkans a été fermé par décision officielle et que tous les pays autour de la Grèce maintiennent effectivement fermées leurs frontières, il est temps de s’interroger sur le rôle exact que joue sa présence dans la mer Egée. Les frégates de l’OTAN seraient-elles là par hasard pour intercepter les bateaux pneumatiques des passeurs ?

Le rôle joué par la présence de l’OTAN, c’est naturellement le renforcement de sa présence dans le nord de la Méditerranée orientale et la réduction de l’influence russe dans la région, avec un œil sur le front de la Syrie. Et concrètement, il apparaît que les frégates de l’OTAN jouent un rôle de surveillance de la base russe de Lattaquié en Syrie.

De plus, le gouvernement grec a accepté sur les îles grecques, dans ce qu’il est convenu d’appeler les « hot spots », la présence de policiers et de soldats turcs qui, selon la version officielle, aideront à enregistrer les réfugiés.

La situation dans notre pays se révèle infiniment plus sombre que dans les premières années des mémorandums et si nous parlions alors -à juste titre- d’un pays économiquement colonisé, on le qualifierait aujourd’hui très aisément de colonie, de dépôt d’êtres humains, de ghetto. La Grèce se transforme à toute vitesse en un grand camp de réfugiés dans le but d’alléger le problème politique de Madame Merkel, qui vient de subir un revers dans les länder de Rhénanie-Palatinat, de Saxe-Anhalt et du Bade-Wurtemberg.

On s’attend à une aggravation supplémentaire de la situation dans les semaines à venir lorsque devrait être officiellement annoncée la nouvelle intervention armée occidentale en Lybie. Les discussions, d’ailleurs, ont d’ores et déjà avancé et cette fois-ci le gouvernement Renzi, qui a une profonde expérience du contexte dans son ancienne colonie, se substitue, semble-t-il sur ce front aux gouvernements français et anglais, gardant naturellement à ses côtés le gouvernement des USA

Il n’est pas inutile de rappeler ici que les rencontres de Tsipras avec les « progressistes européens » (sic) Renzi, Faiman, Gabriel ne peuvent avoir une quelconque efficacité politique en faveur du peuple. D’ailleurs les sociaux-démocrates en question, en plus d’être complètement déconsidérés auprès des peuples européens (voir le « Waterloo » du Parti Social-Démocrate allemand dans les récentes élections régionales en Rhénanie-Palatinat, en Saxe-Anhalt et dans le Bade-Wurtemberg) constituent visiblement l’autre face du même faux euro que les chrétiens démocrates. Du reste, c’est ce que démontrent clairement les politiques économiques néolibérales qu’ils appliquent, et aussi leurs visées impérialistes

Il ne serait pas exagéré de dire que notre pays vit les conséquences d’une guerre mais sans engagement immédiat d’un conflit armé.

Pourtant, malgré ces sombres circonstances, la majorité du peuple grec (NdR sauf exceptions évidemment) montrent sa solidarité aux réfugiés. Ce n’est pas un hasard si les néonazis de l’Aube Dorée ne parviennent pas à soulever la question comme ils le souhaiteraient, parce qu’ils constatent qu’il existe un courant manifeste de soutien et de solidarité aux réfugiés déracinés à cause des interventions impérialistes des USA et de l’UE au Moyen Orient.

Dans une telle situation, il n’existe pas de recettes faciles pour une solution en faveur des persécutés.

Dans tous les cas, la solution réside dans la perspective de s’attaquer à la barbarie et à l’horreur des causes du problème des réfugiés, c’est-à-dire des interventions impérialistes.

Ce qui est sûr, c’est que la gauche ne doit pas s’en tenir à l’humanitaire dont l’efficacité est limitée. Elle devra lutter -en s’appuyant aussi sur la solidarité- pour réveiller et contribuer à créer un grand front anti-guerre et antiimpérialiste, sans perdre de vue le réveil des consciences dans la grande lutte idéologique, politique et sociale qui prendra corps à partir du « problème des réfugiés ».

Il va falloir parallèlement faire comprendre que la démocratie continuera à reculer tant que prévalent les mécanismes supranationaux et en premier lieu ceux de la Zone Euro et de l’UE. La question des réfugiés en constitue d’ailleurs une démonstration claire.

La souveraineté nationale et populaire, surtout, est indispensable pour la démocratie et il faut que nous nous en réclamions, en vue de mettre en œuvre dans la pratique un internationalisme réel, au lieu d’un faux internationalisme d’affichage. Il n’existe pas de voies faciles et la seule issue réaliste nous amène vers la rupture

 

 

*Christos Kasimis est membre du secrétariat provisoire à l’organisation d’Unité Populaire et conseiller municipal à Chalandri, ville située dans l’agglomération athénienne.

Merci à Unité Populaire Paris

Traduction du grec Jean Marie Reveillon

http://iskra.gr/index.php?option=com_content&view=article&id=23748:kasimis-mesogeios&catid=38:di-kosmos&Itemid=173

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